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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 15:09
Texte: Le bambou et le chêne ou Le poison des comparaisons
Texte: Le bambou et le chêne ou Le poison des comparaisons

Qui prétendrait que le bambou est plus beau que le chêne ou le chêne plus précieux que le bambou? Par la fréquentation et la connaissance des deux on peut effectivement découvrir que l’un s’accorde et s’accommode mieux à vous que l’autre. Mais pour autant, aimeriez-vous que, afin de vous plaire, le chêne devienne aussi souple et majestueusement complice du vent que le bambou, ou que le bambou ressemble au chêne parce que celui-ci est plus grand et que ses feuilles changent de couleur en automne? L'idée que l’on en vienne à comparer ces deux végétaux est un non sens.

 

Pourtant, les humains, installés dans leurs habitudes confortables, ont pris cette habitude de comparaison qu’ils ont beaucoup de mal à supprimer et qui devient pour eux un véritable poison. Il faut regarder la vérité en face: il y aura toujours quelque chose qui paraîtra plus beau, plus doué, plus fort, plus intelligent et plus heureux que ce à quoi on aspire. Et l'inverse est tout aussi vrai quelle que soit la comparaison choisie, c’est-à-dire toujours quelque chose de moins beau, moins doué, moins fort, etc. En conséquence nous ne devrions pas comparer les choses, c’est une attitude qui nous ancre dans des souvenirs passés et qui, de surcroît, nous fait le plus souvent mal.

 

A chaque contact, rencontre, découverte, c’est une nouvelle alchimie qui opère, nous échappe et qui fait que rien n’est jamais pareil.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit: il n’est en général pas recommandé de rechercher ce que l’on a connu et aimé, sous peine de déception. En revanche , grâce à notre ouverture d’esprit, nous devrions laisser venir à nous ce qui, incidemment, pourrait être le révélateur d’un nouvel objet d’intérêt, même si au départ il semblerait que ça ne saurait convenir.                                                       
Vous me suivez, n’est-ce pas?

 

Par exemple, la feur violette de la glycine est aussi nécessaire que l'astre le plus grand, et sans cette fleur il manquerait quelque chose à la création. Par exemple l'appel du coucou a la même valeur que les paroles du bouddha, et le monde serait appauvri sans la présence du coucou. Et si, dans notre univers, nous n’avons ni la fleur de glycine ni le cri du coucou nous aurons peut être devant notre porte la fragrance raffinée du seringat ou l’élégance féline du chat.
Tout est clair et évident, non?

 

Certes, nous avons bien compris la leçon de morale M. le professeur! Merci beaucoup!
Le problème…c’est que sans cesse revient à mon esprit ce vers fort connu de Lamartine: « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».
Ça met un peu le bazar dans votre démonstration, non?
Que l’on sache, ce cher Alphonse n’était pourtant pas complètement demeuré. Son vers résume parfaitement l’abattement, l’indifférence au reste du monde, voire l’abandon que chacun d’entre nous peut ressentir lors d’une séparation, surtout quand on est certain au fond de soi que l’on ne pourra remplacer ce que l’on a perdu.
Et Lamartine de poursuivre:


« Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts ».

 

Qui n’a jamais éprouvé cette sensation de manque qui noircit et empoisonne la vie?
Le manque, ça revient le soir, souvent très tard quand dans la chambre il n’y a plus que vous et le noir, ça revient en boucle inlassablement. Le manque, ça ne s’invite pas seulement les trente et un de chaque mois, ça finit par s’infiltrer dans vos pensées et sous votre peau de manière récurrente. Ça s’incruste, ça obsède, ça laisse des traces, ça oppresse la poitrine et ça ruine parfois la santé.
Le manque c’est aussi le cœur et l’âme qui ne veulent pas s’endormir de peur d’oublier.

 

Oh là, oh là! Nous nous éloignons du propos! Où en étions-nous?
Ah oui, le bambou ou le chêne, le coucou ou le bouddha!
Attendez! Encore un instant SVP! Il me vient une question.
Est-ce la comparaison qui crée le manque ou le manque qui induit la comparaison? L’œuf ou la poule quoi!


Ah! Vous hésitez! Bon, ben, vous savez quoi? Ça me prend la tête tout ça à moi et ça me file une boule dans la poitrine. Pour peu j'aurais presque envie d'exercer un recours en justice pour préjudice d'affection, mais je ne sais pas trop contre qui!
Dis-moi mon amour, et si on allait prendre l’air, toi et moi, main dans la main, et voir si tout ce discours inutile est soluble dans le vent. Peut être faut-il laisser à Dame Nature et au Sieur Temps le soin de se dépatouiller de ce méli-mélo de mots. Respirons et vivons puisque nous en avons encore le temps et écoutons les bons conseils de Ronsard et Horace:


« Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie ».
« Carpe diem quam minimum credula postero ».

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